
Ca nivelle par le bas
Me rendant l’autre jour à l’Agence pour l’emploi pour voir si certains postes de professeur de musique et de chanteuse lyrique étaient disponibles dans la région parisienne, la dame qui me passe l’entretien me dit : « Oh vous savez, nous ne sommes plus dans les années cinquante ! » - PARDOOOOOOOOOOON ? Oui, qu’elle me dit, vous savez, la culture d’aujourd’hui se résume à des professeurs de chant populaire car TOUT LE MONDE veut rentrer à la Star Academy. C’est ça qui marche aujourd’hui. On a donc rien pour vous. »
Je me suis presque étouffée sur mon Frappucino. Tout le monde veut entrer à la Star Ac ? Alors je dois vivre dans un monde totalement décalé. Un monde où je vois des tonnes de jeunes au Conservatoire se balader avec leurs partitions de violon et de piano. Un monde où je vois des tas de chanteuses faire des auditions pour rentrer à Radio France. Un monde où ma fille dans son bain chante l’air de la Reine de la Nuit à sa Barbie. Un monde où, sur Arte, on a pu voir deux dimanches de suite, un merveilleux documentaire sur le chef de chœur Laurence Equilbey et Accentus. Un monde où lorsqu’on pénètre à la FNAC, tous les écouteurs disponibles pour entendre les nouveaux enregistrements classiques qui cartonnent sont pris , non pas par des vieux, mais par des gens de tout âge. Un monde où il n’y a plus de billets depuis belle lurette pour entendre Jessye Norman à Pleyel. Un monde où on crée constamment, des musiques, des interprétations. Un monde où tous mes choristes viennent aux répétitions du mardi faire du Mendelssohn, du Byrd, du Haendel et de Lotti pour sortir de leur grigri routinier et se sentir élevés par cette musique d’une beauté à pleurer.
Chère Madame, si vous me lisez, je veux vous dire une chose que je n’ai pas pu vous dire au moment où je vous ai vue.
Vous croyez que ça nivelle par le bas. Soit. Mais ne venez pas essayer de me faire croire à MOI une chose aussi sordide. La musique « classique » n’est pas obsolète comme vous le pensez. Elle est en plein effervescence, grâce à certains interprètes « cross-over » qui ont eu le mérite d’avoir une publicité tellement énorme, que tout le monde « populaire » sait les reconnaître … qui ne connaît pas Pavarotti ? Mais à part Big Luciano, il y a des tonnes de musiciens, de chanteurs, d’artistes, qui travaillent avec toute leur âme pour réussir, qui ne laisse pas vraiment la possibilité de faire autre chose, l’art étant un domaine où l’on doit se donner entièrement. Je ne parle pas de ceux qui le font en amateur, et qui respirent de bonheur quand justement ils réussissent à faire un cours de chant dans la semaine et cela leur donne, comme me dit une de mes élèves, « le courage d’affronter le reste du temps ».
Je crois que le véritable problème est que lorsqu’on a pas été baigné dedans quand on était petit, la musique « classique » peut être effectivement dure d’approche. On a peur de se sentir nul ; on a peur que quelqu’un d’autre se fout de nous. On craint de ne rien y comprendre. Mais il n’y a rien à comprendre. Mais tout à sentir. Si vous lisez « a soprano in Paris » alors que c’est le mot soprano qui vous a amené jusqu’à moi, je ne fais pas de souci pour vous. Mais les autres, ceux qui ne savent pas, je vous mets au défi d’aller dans un magasin de musique, n’importe lequel, et de demander qu’on vous fasse écouter avec les écouteurs du magasin les premières mesures de « Spem in Alium » chanté par les Tallis Scholars.
Autre expérience, essayez d’écouter les 2 mélodies « jouées en même temps » dans les premières minutes du 2e mouvement de la Symphonie no. 7 de Beethoven. Vous comprendrez peut-être de quoi je parle.
C’est vrai que la plupart des jeunes d’aujourd’hui est plus intéressée aux déboires de Paris Hilton et à American Idol. Mais il ne faut jamais, JAMAIS oublier, qu’il y a les autres. Et cette différence crée l’ivresse


1 commentaire:
Bonsoir, Marie!
Bonne postage, merci!
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